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Une Loge pourquoi faire?

C’est un mot curieux que celui de Loge… Le moins qu’on puisse dire est qu’il a de multiples sens. Dans l’ensemble et le plus souvent, l’idée de lieu d’accueil et de vie est la plus couramment acceptée, que ce soit la Loge de la concierge ou celle du Président de la République à l’Opéra.

Les lointaines origines opératives de la maçonnerie ont adopté le sens très populaire « d’abri » : c’est ce sens là que la culture maçonnique lui attribue et sans doute est-il conforme à la réalité vécue autant qu’à la tradition puisque le terme de ‘Loge’ s’est maintenu jusqu’à nous.

Ainsi défini, le mot à sa noblesse, du fait qu’il est lié à la fois aux idées de refuge, de chantier, et plus tard de foyer de vie…

Abri, parce que dès le 13ème siècle, sur les chantiers d’édification architecturale, la Loge était le local technique où les ouvriers qualifiés rangeaient leurs outils, se concertaient plus ou moins secrètement sur les projets en cours.

Refuge, parce que dans les loges où ils s’assemblaient, les « hommes de l’art » (maçons, tailleurs de pierre, charpentiers, notamment) jouissaient de privilèges, de « franchises » qui leur étaient attribuées, sortes de libertés particulières qui les préservaient des rigueurs d’un système social souvent répressif. On y avait notamment le droit de mener d’assez libres confrontations et des échanges d’opinions que la vie sociétale de l’époque ne permettait pas.

Travail et chantier bien sûr, puisque la Loge en était le cœur, en raison de la qualité professionnelle de ceux qui s’y réunissaient pour atteindre une meilleur créativité technique ou artistique.

Lieu de vie enfin parce que, par les privilèges dont elle bénéficiait et par la qualité humaine de ses membres, c’est dans une Loge que les ouvriers percevaient leur salaire, se transmettaient les méthodes de travail propres à chaque métier reconnu, et là aussi que s’effectuait la formation des apprentis, initiés à l’esprit et aux méthodes de leur profession, notamment aux pratiques mutualistes d’une solidarité de corps transmise par de lointaines traditions.

A l’origine, une Loge est par nature, par essence même, un lieu profondément laïque parce que lié au peuple : laikos, d’où sa supériorité et la préférence qu’on est en droit de lui accorder par rapport au terme, plus tard venu de « Temple », très artificiellement adopté par des rituels contestables dans leur formulation.

Ce n’est que dans une correcte appréhension du concept de « Loge », qu’on peut puiser une meilleure compréhension de notre environnement et de notre vocation.

Il n’est pas surprenant que le fait maçonnique ait conservé le terme de « Loge » en effectuant la mutation culturelle qui l’a fait renoncer à son caractère opératif pour s’épanouir en institution spéculative. Le mot « d’Atelier » qui au 19ème siècle, est venu doubler le terme de Loge (sans doute pour éviter les répétitions sémantiques) n’a rien apporté de plus à l’idée retenue



Pour mieux nous pénétré de l’extrême richesse humaine illustrée par le concept de Loge, nous devons comprendre que celle-ci représente un microcosme de la société telle que nous la concevons : « Améliorer l’Individu et la Société » y prend tout son sens, et c’est pourquoi, dans les moments de déception, de désarroi ou simplement d’incompréhension, un vécu maçonnique plus intensif pour chaque membre de la Loge lui permet de surmonter ses incertitudes ou ses exaspérations.

En maçonnerie, plus on donne, plus on reçoit, et cela afin de mieux servir l’idéal de perfectionnement à l’intérieur et à l’extérieur de la Loge, sur le chantier social… Car c’est ainsi que se synthétisent les phrases de l’engagement maçonnique et sa dialectique propre.



Il est nécessaire pour une Loge de se fixer quelques objectifs précis pour lesquels les concours associés des membres de la Loge peuvent créer une dynamique collective où chacun s’investit.

Une Loge peut être un centre rayonnant de vie ouverte sur le présent et l’avenir, et cette conception n’est pas nouvelle. Aux 18ème et 19ème siècles, les Loges réputées pour leur créativité étaient chacune  au cœur d’une nébuleuse d’activités sociales, culturelles, civiques, artistiques ou politiques dans laquelle maçons et non-maçons faisaient ensemble les brouillons d’un avenir meilleur, tel qu’ils pouvaient l’imaginer et l’ébaucher à la lueur de valeurs communes.

Réaffirmons que le formalisme est stérile s’il n’est que répétitif, s’il est figé et sans signification valorisante, s’il est dépourvu de créativité et incapable de se dépasser pour se projeter dans l’avenir. La nécessité évidente d’une innovation permanente dans le cadre des valeurs, permet à la fois de rester fidèle à l’héritage idéologique, mais aussi de préparer et d’œuvrer à l’épanouissement d’une maçonnerie vivante, au sein d’une société en perpétuelle mutation.

Une Loge est un gisement de potentialités et de gènes individuels qui ne demandent qu’à être fécondés et à s’épanouir à la condition qu’elle sache associer en toutes choses les deux sources de sa vitalité : la tradition et le progrès, qu’il ne faut pas opposer l’un à l’autre, car ils engendrent une seule et même fertilité. En effet, pour chaque Loge de notre franc-maçonnerie a-dogmatique, la vraie tradition, c’est l’attachement au progrès.


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Dernière mise à jour: 13/11/2005 à 23:06 - Mention légale - © Grande Loge Mixte de France 2007